Minamoto no Yoshitsune

Bataille d'Uji (1180)

Général de l’époque des guerres entre Taira et Minamoto (Gempei no tatakai). Neuvième fils de Minamoto no Yoshitomo. Demi-frère de Yoritomo.

Le jeune Ushiwakamaru passe son enfance près de Kyôto au Kurama-dera. A 15 ans il s’en échappe et mène, semble-t-il, une vie errante avant de trouver refuge dans le nord du Japon, à Hiraizumi auprès de Fujiwara no Hidehira le puissant seigneur du Mutsu qui le garde auprès de lui.

Apprenant le soulèvement armé de Yoritomo dans le Kantô Yoshitsune décide de rejoindre son demi-frère. C’est au lendemain de la victoire de la Fuji-gawa que Yoshitsune parvient auprès de son frère à la fin de l’automne 1180.

Bataille de Fujigawa
Fujigawa no tatakai, aussi connue sous le nom de « bataille qui n’eut jamais lieu ». Au Japon, le nom de cette bataille est entré dans l’histoire pour désigner une victoire acquise sans lutter.

De la fin 1180 à la fin 1183, les sources concernant Yoshitsune restent très discrètes. Le jeune homme réapparaît début 1184 lorsqu’il est nommé par Yoritomo conjointement avec un autre de ses frères Noriyori à la tête de l’armée qui marche vers l’ouest contre Minamoto no Yoshinaka. Yoshinaka tient Kyôto. Yoshitsune en est vainqueur à plusieurs reprises avant de le battre définitivement et de le tuer à Awazu au premier mois de l’an 3 de Juei (1184). Le mois suivant, Yoshitsune marche avec Noriyori au devant de l’armée Taira qui cherche à reprendre Kyôto. Yoshitsune est alors le principal artisan de l’attaque surprise de flanc menée avec ses cavaliers contre le gros de l’armée Taira à la bataille d’Ichinotani.
Ce succès personnel de Yoshitsune oblige les Taira à se replier sur Shikoku et la Mer Intérieure et à abandonner toute prétention sur le Kinai.

Après la victoire d’Ichinotani, Yoshitsune est rappelé à Kyôto où il va séjourner près d’un an. Il est non seulement le chef d’état-major de l’armée Minamoto mais il joue aussi un rôle politique important. D’une part, il est chargé de faire des remuants guerriers du Kinai des vassaux fidèles de Kamakura, des gokenin. Yoshitsune agit en délégué fidèle de son frère et travaille à la consolidation du pouvoir du Bakufu sur les guerriers locaux. D’autre part, il agit comme représentant de Yoritomo auprès de la Cour et de l’empereur retiré Go-Shirakawa. Yoshitsune est un jeune homme fin et brillant qui, à la différence de Yoshinaka quelques mois plus tôt, plaît aux aristocrates. Go-Shirakawa apprécie Yoshitsune et très vite sent qu’il peut tirer profit de la situation. Go-Shirakawa cherche à manoeuvrer Yoshitsune, qui, s’il est un grand général, fait preuve d’un sens politique insuffisant. Go-Shirakawa nomme Yoshitsune sans l’assentiment de Kamakura à des fonctions à la Cour, d’abord responsable de la police (kebiishi).
Yoshitsune naïvement accepte ces fonctions, ce qui a pour conséquence de déclencher la colère de Yoritomo. Celui-ci a une position encore trop fragile pour risquer que ne se développe à Kyoto un pouvoir hors de son contrôle. Go-Shirakawa accentue encore le malaise en multipliant les petits gestes en faveur de Yoshitsune qui obtient même, faveur rarement accordée, le droit à l’accès direct à la résidence de l’empereur retiré. Yoritomo retire alors à Yoshitsune le commandement de l’armée contre les Taira et confie le poste à Noriyori.

Noriyori se lance en direction de l’ouest mais la campagne s’éternise. Les petits guerriers locaux jusqu’alors dominés par les Taira ne sont pas enthousiastes pour changer de camp d’autant que les Minamoto ne sont guère nombreux dans ces régions.
En outre, Noriyori s’est engagé trop loin de ses bases de départ au milieu de régions qui sortent de plusieurs années de famine. Le moral des guerriers
Minamoto est au plus bas. Noriyori multiplie les appels au secours et Yoritomo à contre-coeur n’a guère plus que la possibilité de redonner à Yoshitsune le commandement d’une armée. Celui-ci en deux mois, au cours d’une éblouissante campagne, règle définitivement la question Taira.

Yoshitsune reçoit à Kyoto l’ordre de partir en campagne le premier mois de l’an 4 de Juei (1185). Il s’accorde alors un mois de préparatifs puis au 2e mois, il débarque en Sanuki à Shikoku d’où il fond avec ses cavaliers sur la base maritime des Taira de Yashima, obligeant ceux-ci à appareiller en catastrophe. Ralliant habilement à sa cause les clans guerriers de la région hostiles aux Taira comme les Kôno, il talonne sans relâche ses ennemis jusqu’à la bataille finale de Dan-no-ura à la fin du 3e mois où la flotte Taira est définitivement vaincue.

L’extraordinaire victoire de Dan-no-ura n’apaise pas pour autant la colère de Yoritomo contre son frère. Celle-ci est d’ailleurs attisée par Kajiwara Kagetoki : et d’autres gokenin du Kantô que Yoritomo avait pris soin de placer aux côtés de Yoshitsune pour participer à la campagne tout en surveillant le jeune général. Ceux-ci se plaignent à Kamakura de l’arrogance dont Yoshitsune fait preuve à leur égard. Conflit de personnalités, maladresse de Yoshitsune ou diffamation calomnieuse calculée ?
Yoritomo trouve là un motif supplémentaire de se méfier d’un frère dont la renommée après cette série de victoires ne cesse de monter. Yoshitsune fait route vers Kamakura avec ses prisonniers dont Taira no Munemori Il était en droit d’espérer un triomphe mais son équipage est bloqué à l’entrée de la ville à Koshigoe. Yoritomo refuse à son frère le défilé triomphal qu’il espère et lui interdit de pénétrer dans Kamakura. Yoshitsune adresse alors à Oe no Hiromoto le secrétaire de Yoritomo, une lettre, dont on ne possède pas l’original mais dont on connaît à peu près la substance (1185). Yoshitsune se défend d’avoir voulu nuire à son frère, rappelle ses loyaux services et jure de sa fidélité. Yoritomo refuse de pardonner et Yoshitsune doit repartir avec ses prisonniers à Kyoto.

Dès lors, les choses ne peuvent plus que s’envenimer. Au 10e mois, Yoshitsune doit se résoudre à entrer en conflit ouvert après que Yoritomo ait chargé l’un de ses vassaux d’attaquer le jeune général. Yoshitsune cherche des appuis et s’allie avec Minamoto no Yukiie l’un de ses oncles, ancien allié de Yoshinaka qui ne s’est jamais rallié à Kamakura. Surtout, Yoshitsune s’adresse à Go-Shirakawa, qui, lui aussi, désireux d’affaiblir Yoritomo, lui apporte son soutien. En particulier, Go-Shirakawa accorde à Yoshitsune un ordre officiel émanant de la maison de l’empereur retiré pour
lutter contre Yoritomo.

Yoshitsune cherche donc maintenant qu’il a l’appui de la Cour contre Kamakura à rallier à sa cause les guerriers des provinces centrales mais ceux-ci ne sont pas pressés de rejoindre Yoshitsune et son allié Yukiie. La plupart attendent de voir comment les choses vont tourner avant de prendre parti. Dans ces conditions, incapables de rassembler une armée pour résister aux forces de Kamakura, Yoshitsune et Yukiie sont contraints d’abandonner la capitale. Ils cherchent à gagner les provinces occidentales dans l’espoir de rallier à leur cause les guerriers locaux.

Statue de l'Empereur Go-Shirakawa, Choko-do temple, Kyoto
Statue de l’Empereur Go-Shirakawa, Choko-do temple, Kyoto

Yoshitsune embarque au 11e mois destination Kyushu, mais jouant de malheur, il voit son navire rejeté vers les côtes de l’Izumi par une tempête.
La situation devient cette fois-ci sérieuse pour lui. Il doit se réfugier avec ses proches compagnons dans les montagnes de Yoshino puis va de place en place à travers le Kinai, se rendant même en cachette à Kyoto. En fait, il bénéficie toujours de l’appui de Go-Shirakawa et de la haute aristocratie même si l’empereur retiré a dû faire annuler sous les pressions de Kamakura son ordre de lutte contre Yoritomo et a dû promulguer un édit en sens inverse donnant légitimité à Yoritomo pour poursuivre Yoshitsune et Yukiie. Surtout Yoritomo a profité de l’occasion pour arracher à Go-Shirakawa l’autorisation de nommer dans les provinces des gouverneurs militaires (shugo) et des intendants (jitô). La lutte contre Yoshitsune offre ainsi le prétexte à Yoritomo de renforcer encore considérablement son pouvoir. Les opportunistes guerriers du Kinai dans ces conditions restent fidèles à Kamakura. La situation devient intenable pour les ennemis de Yoritomo. Yukiie est pris et tué. Yoshitsune parvient à échapper à ses poursuivants et à parvenir à la fin de 1186 jusque dans le nord du Japon à Hiraizumi pour trouver de nouveau refuge auprès de son ancien protecteur Hidehira. Celui-ci — c’est un signe de sa puissance — était parvenu à rester neutre pendant tout le conflit qui oppose Taira et Minamoto. Hidehira accueille Yoshitsune sans céder aux pressions de Yoritomo mais il meurt l’année suivante en 1187. Son fils Fujiwara no Yasuhira reste d’abord fidèle à la politique de son
père — rester indépendant face à Kamakura — mais il finit par céder aux pressions de Yoritomo qui devient de plus en plus menaçant. Yasuhira fait attaquer Yoshitsune établi dans une résidence sur la Koromo-gawa. Yoshitsune est contraint de se suicider au printemps 1189. Il a juste 30 ans.

Omononushi shrine Yoshitsune memorial
Omononushi shrine Yoshitsune memorial

 

Ses brillants succès, son destin tragique, ont fait de Yoshitsune l’un des héros les plus populaires du Japon. Déjà les récits historiques du 13e siècle et le Heike monogatari racontent les exploits du jeune frère de Yoritomo, mais la légende prend forme plus tardivement surtout au 15e siècle avec la « Chronique de Yoshitsune », le Gikei-ki, qui décrit les fabuleux exploits du jeune héros. Selon une légende tenace, Yoshitsune, qui, en fait échappé des griffes de Yasuhira, aurait trouvé refuge dans la grande île du nord, le Hokkaidô, s’y serait taillé un royaume, puis, gagnant le continent, il réapparaît sous les traits de Gengis khan en Mongolie. La vie de Yoshitsune reste encore de nos jours une source inépuisable d’inspiration pour les auteurs.

 

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