Sasaki Kojirō : un maître d’armes du Japon féodal

Sasaki Ganryu Kojiro

Sasaki Kojirō, figure emblématique de l’escrime japonaise des périodes Azuchi-Momoyama et début Edo, demeure l’un des guerriers les plus respectés de l’histoire japonaise malgré sa défaite historique. Bien que principalement connu pour son duel fatal avec Miyamoto Musashi, son parcours d’escrimeur exceptionnel et ses techniques novatrices ont marqué l’histoire des arts martiaux japonais. Sa vie, bien que relativement courte, fut marquée par une quête constante de perfectionnement et une maîtrise remarquable du sabre.

Identité et origines

Sasaki Kojirō (佐々木 小次郎), également connu sous le nom de Ganryū Kojirō, serait né vers 1585 dans la préfecture de Fukui au Japon et est mort le 13 avril 1612 à l’âge de 26-27 ans sur l’île de Ganryū-jima. Originaire de la région d’Echizen (aujourd’hui préfecture de Fukui), il s’est imposé comme l’un des meilleurs escrimeurs de la région Ouest du Japon.

Concernant ses origines familiales, les sources historiques sont moins précises. Bien qu’il porte le nom Sasaki, il n’est pas clairement établi s’il appartenait directement au célèbre clan Sasaki. Ce clan ancestral japonais descend de l’empereur Uda (868-897) par son petit-fils Minamoto no Masanobu (920-993), bien qu’il ait été ultérieurement adopté par le Seiwa Genji. Le premier à prendre le nom Sasaki fut Minamoto no Nariyori, qui l’emprunta à son domaine dans la province d’Ōmi. Le clan Sasaki reçut de leurs cousins Seiwa Genji le titre de shugo (gouverneur) d’Ōmi et d’autres provinces, conservant cette position jusqu’à l’époque Sengoku.

Parcours et formation

Le parcours de Sasaki Kojirō reflète celui d’un guerrier déterminé à perfectionner son art à travers diverses expériences et apprentissages. Sa formation en escrime commença probablement assez tôt, comme c’était la coutume pour les jeunes hommes de la classe guerrière.

Formation et développement de son style

Selon les récits historiques, Sasaki Kojirō aurait étudié le style de kenjutsu Chūjō-ryu auprès de maîtres renommés comme Toda Seigen ou Kanemaki Jisai. Ce style étant spécialisé dans le maniement du kodachi (sabre court), les experts supposent que Kojirō se familiarisa avec le sabre long en servant de partenaire d’entraînement à son maître lors de katas opposant sabre court et sabre long. Cette expérience paradoxale le transforma en redoutable adversaire contre les utilisateurs de sabres courts, ce qui influença probablement son choix ultérieur d’adopter un sabre exceptionnellement long.

Après avoir maîtrisé les techniques de base, Kojirō développa son propre style d’escrime, qu’il nomma Ganryū, dans sa région natale d’Echizen. Ce style personnel deviendra sa signature et lui apportera une renommée considérable.

Carrière et déplacements

Sasaki Ganryu KojiroLa vie professionnelle de Sasaki Kojirō fut marquée par plusieurs déplacements stratégiques à travers le Japon :

  • Après avoir établi son style à Echizen, il partit d’abord pour Osaka.
  • Suite au renversement du Bakufu après la bataille de Sekigahara en 1600, il rejoignit la maison des Yoshioka à Kyoto pour poursuivre sa formation.
  • Une fois sa formation complétée, il se rendit à Edo (ancien nom de Tokyo) où il trouva un emploi comme instructeur de kenjutsu dans la maison de Hangawara Yajibei, qui lui offrit ce poste après avoir observé ses techniques impressionnantes lors de combats rémunérés.
  • Durant cette période, il défia avec succès Ono Jiroemon, un autre instructeur de kenjutsu renommé.
  • Sa réputation grandissant, il fut engagé comme instructeur de kenjutsu par Hosokawa Tadaoki, seigneur de la province de Bizen. Ce dernier s’était rangé du côté de Tokugawa Ieyasu contre Ishida Mitsunari pendant la décisive campagne de Sekigahara, ce qui valut au clan Hosokawa le statut privilégié de fudai daimyo (« daimyos de l’intérieur ») durant le shogunat Tokugawa.
  • Il accompagna ensuite le seigneur Tadatoshi et Iwama Kakubei (un membre du clan Hosokawa) à Buzen, où il continua de parfaire sa réputation en battant tous les opposants locaux, y compris le célèbre Kojima Zennosuke.

Techniques et style de combat

Sasaki Kojirō s’est distingué par son style d’escrime unique et ses techniques novatrices qui ont contribué à sa réputation légendaire.

Arme et technique signature

Kojirō se battait avec un nodachi (grand sabre japonais) surnommé Mono-hoshi zao (物干竿), ce qui signifie « la perche de séchage ». Ce choix d’une arme plus longue que la normale lui conférait un avantage significatif en termes de portée face à ses adversaires.

Sa technique la plus célèbre était le tsubamegaeshi (« imiter le mouvement d’une hirondelle »), qui tirait son nom des brusques changements de direction caractéristiques du vol des hirondelles chassant leurs proies. Cette technique, probablement développée et perfectionnée au fil de ses nombreux duels, démontrait une maîtrise exceptionnelle de la coordination et de la vitesse d’exécution.

Le duel fatidique avec Miyamoto Musashi

L’événement qui a le plus contribué à la postérité de Sasaki Kojirō est sans conteste son duel avec Miyamoto Musashi, qui eut lieu le 13 avril 1612 sur une île alors appelée alternativement Funashima ou Mukōjima, aujourd’hui connue sous le nom de Ganryū-jima.

Selon les témoignages de l’époque, Musashi aurait vaincu Kojirō en utilisant une rame de sa barque en guise de bokken (sabre d’entraînement en bois). Cependant, les récits de ce duel sont souvent contradictoires, rendant difficile l’établissement précis des faits historiques. Ce qui est certain, c’est que Kojirō perdit la vie lors de ce combat, à l’âge d’environ 26-27 ans.

Malgré sa défaite, Kojirō gagna un respect posthume considérable, y compris de la part de son vainqueur. Miyamoto Musashi lui-même aurait plus tard déclaré que Sasaki Kojirō était l’adversaire le plus redoutable qu’il ait jamais affronté durant sa longue carrière.

Héritage culturel

Bien que sa vie ait été relativement brève, l’héritage de Sasaki Kojirō dans la culture japonaise est considérable et perdure jusqu’à nos jours.

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Représentations dans la culture populaire

Comme beaucoup de samouraïs célèbres de son époque, Sasaki Kojirō a été largement représenté dans divers médias culturels :

  • Il joue un rôle central dans le roman « Musashi » d’Eiji Yoshikawa, où sa vie est décrite en parallèle de celle du protagoniste.
  • Il apparaît dans plusieurs adaptations cinématographiques, notamment dans « Zoku Miyamoto Musashi: Ichijōji no kettō » (Samurai 2: Duel at Ichijoji Temple) de 1955, réalisé par Hiroshi Inagaki.
  • Dans le manga « Vagabond » de Takehiko Inoue, il joue un rôle principal aux côtés de Musashi et y est présenté comme sourd.
  • Sa vie a fait l’objet d’un livre de Genzō Murakami, considéré comme historiquement plus fidèle que le « Musashi » d’Eiji Yoshikawa.
  • Il apparaît également dans divers jeux vidéo et animes, témoignant de son influence durable sur la culture populaire japonaise moderne.

Conclusion

Sasaki Kojirō demeure une figure fascinante de l’histoire japonaise, incarnant l’idéal du guerrier dévoué à la perfection de son art. Malgré une vie relativement courte et une fin tragique lors de son duel avec Miyamoto Musashi, son héritage perdure à travers les siècles. Son style unique d’escrime, ses techniques novatrices et son parcours exemplaire en tant que maître d’armes continuent d’inspirer les pratiquants d’arts martiaux et les passionnés d’histoire japonaise.

La relative rareté des informations concernant sa famille et ses origines précises ajoute une part de mystère à son personnage, contribuant peut-être à sa stature légendaire. Néanmoins, qu’il ait été ou non directement lié au prestigieux clan Sasaki, son nom reste indissociable de l’histoire des arts martiaux japonais et du concept de bushido, la voie du guerrier.

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