Au cours de la période Sengoku, il existait des femmes ninjas appelées kunoichi, dont le rôle principal était l’espionnage et l’infiltration plutôt que le combat direct.
Contexte historique et techniques
Les kunoichi apparaissent dans des manuels de ninjutsu comme le Bansenshukai (1676), qui détaille des techniques d’infiltration féminines, exploitation du déguisement, et utilisation des rôles sociaux (servantes, comédiennes, commerçantes) pour collecter des informations ou pénétrer les lignes ennemies.
Souvent, elles profitaient de la sous-estimation de leur statut pour s’approcher de figures de pouvoir ou d’ennemis, transmettre des renseignements, et parfois commettre des actes de sabotage ou des assassinats ciblés.
Existence et débat historique
Les preuves historiques concrètes sur l’existence des kunoichi pendant la période Sengoku demeurent rares, certains spécialistes considérant leur image comme amplifiée ou mythifiée par la littérature et la culture populaire.
Des figures telles que Mochizuki Chiyome, supposée avoir formé un réseau de kunoichi pour le clan Takeda, ou encore Umemura Sawano, sont citées comme exemples, bien que leur historicité soit discutée.
Leur héritage influence encore aujourd’hui la fiction et le folklore japonais, soulignant la place stratégique accordée à la ruse et à la dissimulation.
Fonctions typiques des kunoichi
- Infiltration sous identité féminine
- Collecte et transmission d’informations
- Déguisement et subterfuge pour espionner ou perturber l’ennemi
- Usage de techniques spéciales pour éviter la capture et s’échapper
En résumé, si le mythe a probablement exagéré la réalité de la kunoichi du Sengoku, des sources attestent leur rôle discret mais fondamental dans la guerre d’espions de cette époque.
En voici quelques unes…

Izumo no Okuni
Izumo no Okuni (出雲阿国, 1572?-1613) était une artiste japonaise de la fin du XVIᵉ et du début du XVIIᵉ siècle, célèbre pour avoir fondé le théâtre kabuki, une forme de spectacle populaire et vivant à l’origine interprétée par des femmes. Elle n’est cependant pas considérée historiquement comme une réelle « Kunoichi » au sens traditionnel d’une femme ninja, bien que certains la surnomment ainsi en raison de son rôle de pionnière, son audace, sa capacité à se grimer en homme et sa vie en marge des conventions féminines de son temps.
Naissance : vers 1572, dans la province d’Izumo.
Origines : fille de forgeron, elle aurait travaillé comme miko (prêtresse shintô) au sanctuaire d’Izumo avant de partir à Kyoto pour collecter des fonds avec des danses.
Réalisation : création du théâtre kabuki vers 1603 à Kyoto, en introduisant la danse, la satire et l’interprétation de rôles masculins ou féminins, brisant ainsi les codes sociaux et théâtraux de l’époque.
Vie après le succès et héritage
– Interdiction du kabuki féminin : le shogunat Tokugawa interdit aux femmes de jouer au kabuki en 1629 suite à la popularité et au caractère jugé subversif de ce spectacle.
– Dernières années : plusieurs récits évoquent un retrait d’Okuni vers sa province natale. Sa tombe demeure incertaine, certains la situant près du sanctuaire d’Izumo, d’autres au temple Kōtō-in à Kyoto.
– Impact : Okuni marque l’histoire japonaise par sa créativité, son audace et la fondation d’un théâtre toujours populaire de nos jours.
Anecdotes et représentations
Okuni inspire romans, jeux vidéo et anime, dont le feuilleton « Kabuki Dancer » de Sawako Ariyoshi.
Une statue lui rend hommage dans le quartier Pontochō à Kyoto.
Izumo no Okuni reste un symbole d’indépendance artistique et de liberté féminine dans la culture japonaise.
Pourquoi était-elle considérée comme « Kunoichi » ?
Le terme kunoichi désigne une femme ninja, maîtresse de déguisement, d’espionnage et d’ingéniosité, réputée pour défier l’ordre établi.
Okuni a été surnommée ainsi de façon symbolique, car elle se déguisait, prenait des rôles masculins (notamment de samouraï) et menait une troupe composée d’exclues — ce qui évoque la ruse, le courage et une certaine marginalité propre à l’imagerie des kunoichi.
Cependant, il ne s’agit pas d’un fait historique : rien n’indique qu’Okuni ait réellement pratiqué l’activité de ninja ; ce surnom reflète surtout son esprit indépendant et subversif face aux codes sociaux et genrés de son époque.
Héritage
Okuni a profondément marqué la culture japonaise, créant un théâtre destiné au peuple tout en s’affirmant comme une femme libre et transgressive, raisons pour lesquelles certains l’associent symboliquement à la figure de la kunoichi, synonyme aujourd’hui d’audace et de non-conformisme.

Kasuga no Tsubone
Kasuga no Tsubone (春日局, 1579-1643), née Saitō Fuku, était une noble japonaise et nourrice du troisième shôgun Tokugawa, Iemitsu.
Origines et ascension
Fille du samouraï Saitō Toshimitsu, elle est issue d’une famille marquée par des tragédies politiques, son père ayant été exécuté après la défaite d’Akechi Mitsuhide.
Mariée à Inaba Masanari, elle devient nourrice d’Iemitsu et joue un rôle crucial dans son accession au titre de shôgun, surpassant son frère cadet Tadanaga.
Rôle au shôgunat
Kasuga no Tsubone installe le système de l’Ōoku, les quartiers des femmes du château d’Edo, et reçoit d’importantes responsabilités politiques.
Elle sert d’intermédiaire influente entre le shôgun, la cour impériale et participe à des négociations diplomatiques majeures.
Sa loyauté et son prestige lui valent d’être promue au rang de cour élevé et d’obtenir une richesse importante.
Dernières années
Elle meurt en 1643 à Tokyo, honorée par Iemitsu qui lui témoigne un deuil équivalent à celui réservé à la famille Tokugawa.
Sa sépulture est située au temple Rinshô-in à Tokyo, avec une pierre tombale singulière demandée pour observer la dynastie après sa mort.
Interprétations dans la culture populaire
Elle sert de protagoniste dans le roman et son adaptation cinématographique, devenant tour à tour espionne puis maîtresse de Mitsunari, en plus d’être impliquée dans la politique militaire de son temps.
L’existence réelle de Hatsune no Tsubone n’est pas attestée par des sources historiques et elle est considérée comme une création littéraire, bien que ses aventures s’inspirent de l’univers des ninjas féminins du Japon féodal.
Kasuga no Tsubone fut une femme de pouvoir et d’influence au sein du Japon féodal, considérée comme l’une des personnalités féminines les plus marquantes de l’époque Edo.

Umemura Sawano
Umemura Sawano (梅村 澤野) était une kunoichi, probablement active au XVIᵉ siècle, réputée pour avoir servi le clan Takeda durant la période Sengoku.
Parcours et rôle historique
Sawano Umemura est mentionnée comme fondatrice d’une école de ninjutsu transmise dans le domaine de Matsushiro, où la famille Sanada — anciens vassaux Takeda — l’aurait accueillie comme spécialiste de l’espionnage.
Elle est citée dans un rouleau de ninjutsu de 13 mètres de long (竊奸秘伝書, Sekkan Hiden-sho), une source ancienne pour l’art des ninjas et kunoichi.
Son rôle principal était lié à l’espionnage, l’infiltration et l’utilisation de techniques réservées aux femmes dans l’art de la guerre.
Importance et contexte
Les kunoichi étaient des espionnes formées à la dissimulation, au combat et à l’art du renseignement, souvent déguisées et employant des techniques très spécifiques à la condition féminine pour réussir leurs missions.
L’existence historique des kunoichi fait débat, mais Umemura Sawano figure parmi les rares noms transmis comme exemples attestés ou semi-légendaires.
Héritage
Sawano reste une figure symbolique dans la culture ninja, inspirant récits et écoles de ninjutsu jusqu’à aujourd’hui.
Elle témoigne de la présence et de l’importance des femmes dans l’histoire guerrière japonaise, bien que leur rôle reste souvent méconnu ou romancé.


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