La vengeance des 47 rônins de Kenji Mizoguchi
Drame psychologique
Sous le règne de l’empereur Tokugawa en 1701, le shogun Tsunayoshi contrôle la province d’Edo. En signe de respect envers son Empereur, il lui rend un important hommage aux célébrations de la Nouvelle Année. En remerciements, Tokugawa annonce une prochaine visite de sa prestigieuse infanterie et de membres de la Cour Impériale à Edo.
Afin de les recevoir dignement, Tsunayoshi désigne les daimyos (seigneurs féodaux) Asano et Date comme ses représentants et l’officiel Kira pour superviser le tout. Ce dernier connu comme vil et avide de richesse, abusait de ses pouvoirs. Sa collaboration avec Asano se passe très mal, l’accusant de ne pas lui payer suffisamment de cadeaux prestigieux pour son inestimable soutien. Il poussera le jeune Seigneur à bout tant et si bien qu’Asano l’éraflera de son épée à l’intérieur du château d’Edo. Le shogun le condamne à commettre le seppuku, le suicide rituel pour avoir sorti son sabre dans l’enceinte de son palais.
Cet acte a pour conséquence le déshonneur du seigneur et de sa famille, la confiscation de son château et la dissolution de sa garde composée de 321 samouraïs.
Une partie de ses plus loyaux serviteurs décident alors de le venger. A la tête de soixante hommes, l’ancien samouraï Oishi complote le prochain assassinat de Kira. Afin de dissiper tout soupçon, il feint de sombrer dans l’alcool dans la banlieue malfamée de Kyoto. Deux ans plus tard – une fois la méfiance de Kira adoucie – dans la nuit du 14 décembre 1702, 47 samouraïs prennent d’assaut le château du haut officiel ; ils arriveront à capturer leur ennemi juré en ne perdant qu’un seul homme. Kira refusant de se donner la mort de ses propres mains, ils lui trancheront la tête avec l’épée ayant servi à la mise à mort d’Asano et déposeront la dépouille sur la tombe de leur ancien Seigneur en guise d’hommage.
Lors du procès qui suit leur action, le shogun Tsunayoshi a du mal à rendre un verdict. Impressionné par la fidélité des samouraïs vis-à-vis de leur ancien Seigneur, il ordonne finalement que les ronins se donnent le seppuku. Une commémoration officielle est célébrée en leur honneur. Ils sont enterrés à côté de leur ancien maître.
Un film qui délaisse l’action au profit des sentiments intérieurs
Mizoguchi délaisse les préparatifs et les ruses de la vengeance pour se concentrer sur le débat d’idées et la dimension morale de l’histoire en insistant sur le sens de l’honneur, les valeurs de loyauté et de fidélité plus que sur l’héroïsme de l’action à tel point que le morceau de bravoure de l’histoire, l’attaque du château de Kira n’est pas montrée juste raconté dans une lettre. Par conséquent, on ne voit pas non plus la décapitation de Kira avec le sabre dont Asano s’était servi pour le seppuku, le suicide rituel ni les intrigues périphériques des préparations des ronins qui infiltrent le château, en reproduisent les plans, espionnent les agissements du seigneur.
L’histoire a fait l’objet de près de 90 adaptations au cinéma avec deux choix possibles. Les films qui privilégient la dimension théâtrale, les dialogues et la dimension morale et celles qui reprennent la tradition du film de sabre, affranchie de la tradition du kabuki et qui partent de l’histoire réelle et de son intrigue aux multiples rebondissements.
Mizoguchi a délibérément opté pour le premier choix sans doute parce que la période de la guerre incite le pouvoir à l’origine du projet à préférer la dimension morale de l’histoire à l’exacerbation de l’action sauvage. Sans soute aussi les goûts personnels de Mizoguchi qui déteste les scènes de violence l’incitent-ils à cette optique fort peu commerciale.
De plus une partie du succès populiste des 47 ronins est due à la figure corrompue de Kira, ce que cache Mizoguchi. Le film épargne aussi l’empereur. La cour impériale est en accord avec les ronins et regrette que Kira n’aie pas été tué. L’empereur, en opposition avec la sentence du shogun, ne voit aucune incivilité dans le comportement d’Asano et encourage les ronins se venger pour laver l’honneur de leur clan. La condamnation dans la nuit du 3 février 1703 alors qu’Asano avait été condamné le jour même dit seul l’embarras causé par l’affaire. D’autres adaptations se chargeront de mettre en avant la révolte contre le jugement inique du shogun qui protége un puissant corrompu et condamne un homme intègre. Mizoguchi insiste sur la vengeance en accord avec le code de l’honneur et minimise la compromission des puissants.
Genroku chushingura
Premier grand film historique de kenji Mizoguchi, beaucoup moins mouvementé toutefois que ses chefs-d’œuvre des années 50 : L’intendant Sansho (1954), L’impératrice Yang-Kwei-fei (1955), Le héros sacrilège (1956) voir même La vie d’Oharu femme galante (1952), Les contes de la lune vague après la pluie (1953) ou Les amants crucifiés (1954).
Avec : Yoshizaburo Arashi (Takuminokami Asano), Utaemon Ichikawa (Tsunatoyo Tokugawa), Daisuke Katô (Fuwa Kazuemon), Chojuro Kawarasaki (Kuranosuke Oishi), Kunitaro Kawarazaki (Jurozaemon Isogai), Seizaburô Kawazu (Etchumori Hosokawa), Mantoyo Mimasu (Kozunosuke Kira), Mitsuko Miura (Yosenin, la femme d’Asano), Kanemon Nakamura (Sukeimon Tomimori), Mieko Takamine (Omino, la fiancée d’Isogai).
Durée : 2h21.
Article original : http://www.cineclubdecaen.com/realisat/mizoguchi/47ronins.htm


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