Les oni (鬼) sont des créatures du folklore japonais, classées parmi les yōkai, c’est-à-dire des esprits ou démons. Leur image s’est forgée à travers une fusion de croyances indigènes, d’influences bouddhiques et de perceptions étrangères, donnant naissance à une créature hybride à la fois crainte et fascinante.
Caractéristiques des Oni
Apparence physique : Les oni sont généralement représentés comme des êtres gigantesques, à la peau rouge ou bleue, dotés de cornes, de crocs acérés, d’une force surhumaine et d’un aspect effrayant. Ils portent souvent des pagnes en peau de tigre et brandissent des massues à pointes (kanabō).
Traits symboliques : Ils incarnent la violence, la malveillance, la destruction, la malchance et la punition. Cependant, certains récits leur attribuent aussi des rôles de gardiens ou de protecteurs, notamment sous forme de statues placées à l’entrée des temples pour éloigner les mauvais esprits.

Origines des Oni
Sources indigènes et influences étrangères : Le terme « oni » trouve ses racines dans la Chine ancienne, où il désignait les esprits des morts. Importé au Japon à la fin du VIe siècle, il s’est superposé à des croyances locales autour des esprits de la terre et des divinités de la montagne, parfois représentés avec un seul œil.
Fusion de croyances : L’image de l’oni a évolué en intégrant des éléments du shintoïsme (esprits souterrains créés par Izanagi), du bouddhisme (démons infernaux), et même des perceptions de peuples étrangers comme les Émishi du nord du Japon, parfois assimilés à des oni dans les récits historiques.
Origines humaines : Certains oni seraient des humains transformés après leur mort, ou des personnes consumées par la rancune ou la colère, devenant oni par transformation, comme illustré par le masque hannya dans le théâtre nō.
Place dans la culture japonaise
Folklore et légendes : Les oni occupent une place centrale dans de nombreux contes, où ils sont souvent des antagonistes puissants, symbolisant des obstacles à surmonter pour les héros.
Arts traditionnels : Ils sont omniprésents dans le théâtre Nō et kabuki, dans la littérature classique, la peinture, la sculpture, et les estampes. Les masques d’oni sont utilisés pour incarner la colère et la terreur sur scène.
Rôle ambivalent : Si les oni sont associés à la peur et à la transgression, ils peuvent aussi être perçus comme protecteurs, utilisés comme talismans pour éloigner les mauvais esprits et protéger les maisons.
Fêtes et cérémonies dédiées aux Oni
Setsubun (節分) : Fête majeure marquant l’arrivée du printemps, durant laquelle on chasse symboliquement les oni pour inviter la chance. Le rituel du mame-maki consiste à jeter des haricots en criant « Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! » (« Dehors les démons ! Dedans le bonheur ! »). Les pères de famille se déguisent en oni, et des masques sont largement utilisés.
Onidaiko : Fête de l’île de Sado où des danses rituelles de tambours sont exécutées par des personnes déguisées en oni, pour repousser les mauvais esprits et porter chance aux habitants.
Autres rituels : Lors de certains festivals, des processions et des parades nocturnes mettent en scène des oni, notamment autour des temples et sanctuaires, pour célébrer la purification et la protection contre le mal.
Oni célèbres et leur notoriété
Shuten-dōji : Probablement l’oni le plus célèbre, il est décrit comme un démon redoutable qui terrorisait la capitale avant d’être vaincu par le héros Minamoto no Yorimitsu. Sa légende a marqué l’imaginaire collectif et inspiré de nombreuses œuvres.
Momotarō : Dans ce conte populaire, le jeune héros Momotarō affronte une bande d’oni qui terrorisent son village, contribuant à la popularité de ces créatures dans la culture japonaise.
Synthèse
Les oni sont des figures complexes du folklore japonais, à la fois craintes et respectées, incarnant le mal, la transgression, mais aussi la protection. Leur image, issue d’un mélange de croyances locales, bouddhiques et de perceptions historiques, s’est inscrite durablement dans la culture japonaise à travers les arts, les fêtes et les légendes. Les cérémonies comme Setsubun témoignent de leur rôle central dans les rituels de purification et de renouvellement, tandis que des figures comme Shuten-dōji continuent d’alimenter l’imaginaire populaire.





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